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« TUNISIE/EUROPE : LA MOBILITÉ DES PERSONNES EN DÉBAT », bref compte-rendu

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Journée organisée le 12 avril 2014 par Français du monde – adfe – Tunisie, née de la volonté de notre association d’ouvrir le débat sur les questions liées à la mobilité des personnes, un élément central dans les rapports entre la Tunisie et l’Europe et dans la vie quotidienne des citoyens de ces pays.

Riche en informations, la journée a été l’occasion d’échanges foisonnants et animés, entre les intervenants et avec la salle. Des développements sont envisagés. Pour l’instant nous vous en communiquons un compte-rendu succinct, des textes issus de la journée seront mis en ligne ultérieurement.

Après l’accueil des participants par Marie Bouazzi, présidente de Français du monde – adfe – Tunisie, qui a brièvement exposé la relation de l’association avec ces questions, voir le discours ici , Madame Lorena Lando, chef de mission de l'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) à Tunis, a rappelé la dimension transversale des migrations qui sont à la fois un phénomène social, économique, politique et culturel touchant en moyenne 3% de la population mondiale. La gouvernance des migrations est complexe et doit être traitée non pas à l’échelle nationale mais globale pour favoriser la stabilité et le développement.Présentation PowerPoint

Le premier atelier de la journée, qui portait sur « la mobilité, créatrice de richesse », a permis à différents intervenants de présenter les activités de leur structure et leur vision des migrations en termes de développement économique mais aussi personnel, à travers les compétences et la constitution de réseaux notamment. M. El Borni Salhi, directeur de l’Agence tunisienne de coopération technique (Ministère de l'Economie et des Finances, Secrétariat d'Etat du Développement et de la Coopération Internationale) a axé sa présentation sur l’impact de l'immigration sur le pays d’origine et le pays d’accueil et l’expertise de son agence créée en 1975 pour faciliter le transfert des compétences tunisiennes à l’étranger, notamment vers les pays du Golfe et les pays africains à travers des services d’information et d’accompagnement. Les migrations peuvent alors être perçues comme un instrument du dialogue culturel, politique et économique entre les peuples.

M. Jean-Luc Tholozan, attaché de coopération scientifique et universitaire de Ambassade de France en Tunisie est revenu sur son expérience personnelle pour souligner l’importance de la mobilité dans les formations supérieures et du développement des réseaux de partenariat. Un parcours international est l’opportunité de remettre en question certitudes et préjugés mais plus concrètement aussi de développer son employabilité. Différents outils sont à la disposition des étudiants tunisiens pour des séjours en France plus ou moins longs.

Mme Kirsten Schuettler, experte GIZ (Coopération Technique Allemande) a fait un exposé sur l’impact de la mobilité sur le développement économique des pays d’origine et les moyens d’exploiter les potentiels tout en minimisant les risques, comme la fuite ou le gaspillage des cerveaux. La GIZ propose alors une approche globale visant à la fois la diaspora, les migrants et les personnes en situation de retour dans leur pays d’origine. Présentation PowerPoint

M. Bertrand de la Forest Divonne, directeur du bureau Ubifrance en Tunisie (en charge de l’accompagnement des PME françaises en Tunisie) a rappelé la force de la relation économique entre la France et la Tunisie et les nombreux partenariats « gagnant-gagnant » que la proximité géographique et culturelle facilite. Les échanges commerciaux eux-mêmes génèrent de nombreux mouvements entre les deux pays mais aussi vers des pays tiers. Présentation Powerpoint

Mme Fatma Bensoltane, présidente de Méditerravenir a présenté son association présente dans plusieurs pays d’Afrique du Nord mais aussi d’Europe. Elle a insisté sur l’importance de l’acquisition de compétences techniques mais aussi transversales, notamment par le biais des expériences associatives. Elle propose ainsi un accompagnement « proactif » au départ, non seulement pour ceux qui vont migrer mais aussi pour ceux qui vont les accueillir, qui facilite une mobilité « autrement ». Deux témoignages ont été lus. Présentation PowerPoint. Texte complet de l'intervention.

Enfin Mme Silvia Finzi, directrice de la fondation Dante Alighieri à Tunis, a développé dans une approche historique les parallélismes entre les migrations italiennes vers la Tunisie au siècle dernier et les migrations actuelles de Tunisiens vers l’Italie, et elle a déploré que l’occultation de l’histoire de l’émigration italienne massive du début du XXème siècle n’ait pas permis une conscience particulière en Italie sur les questions actuelles de l’immigration.

L’échange avec le public illustrait un important besoin d’information concernant les mécanismes existant à même de faciliter la mobilité, et parfois une certaine incrédulité quant aux possibilités réelles.

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L’après-midi, l’atelier « Les migrations Sud-Nord et la situation des Tunisiens en Europe » a permis à des intervenants aux compétences et aux responsabilités administratives ou associatives très différentes, d’exposer bilans, expériences et avis opposés.

M. Mehdi Hassine (M. Lessaad Laabidi, directeur de l’OTE, était présent également) a dressé un panorama des activités de l’OTE : Office des Tunisiens à l’Etranger, créé en 1988, aux nombreuses ramifications techniques, sous tutelle du ministère des affaires sociales, comportant des volets formation professionnelle et emploi. Respect des droits des ressortissants tunisiens dans leur pays de résidence, aide à leur intégration positive, maintien des relations avec la mère-patrie, réinsertion en Tunisie lors d’un retour, notamment par l’accompagnement à la création d’entreprises, sont les missions de l’OTE. Présentation PowerPoint

M. Pierre Henry, directeur de France Terre d'Asile, dans son exposé intitulé « Relever le défi méditerranéen avec des mobilités réinventées » a remis de l’humanité, de l’information et de la raison dans les phantasmes, et commencé à ouvrir des projets dans un esprit innovant. Le texte complet de son intervention sera bientôt en ligne sur notre site.

M. Stéphane Darmas, directeur de la représentation en Tunisie de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (ambassade de France) a dressé un panorama des activités de l’Office, précis, complet et comprenant notamment les chiffres utiles à une réflexion objective. Tous les détails sur le site de l'OFII.

M. Tarek Ben Hiba, président de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (France)  a exprimé la voix des « immigrés » tunisiens en France, qui sont aussi, pour nombre d’entre eux,  nationaux français, confrontés aux difficultés de l’appartenance à deux pays et souvent, dans chacun de leurs deux pays, à la xénophobie et à l’incompréhension.

M. Omeyya Seddik, président de l’association Al-Muquaddima (France), conseiller pour l’Afrique du Nord du Centre de Genève pour le dialogue humanitaire, nous a fourni une analyse  socio-historique des migrations sud-nord actuelles, de leurs causes, des causes des entraves à la circulation, de la nécessité des migrations illégales.

M. Abdelhamid Bettaïeb, président de l'Union générale des Tunisiens de l'étranger (France) s’est adressé au directeur de l’Office des Tunisiens à l’Etranger, présent dans la salle, pour contester la version officielle des actions de cet Office.

M. Ramy Khouily, membre du Réseau euro-méditerranéen des droits de l'homme (Tunisie) nous a informés avec précision sur le contenu des accords de partenariat de Mobilité Nord/Sud, notamment du dernier signé entre la Tunisie et l’Union Européenne, qui organisent l’externalisation de la gestion des frontières européennes. Il nous a donné une idée des arguments contradictoires concernant ces accords,  condamnés par  la société civile.

 

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En séance de conclusion, Mme Monique Cerisier Ben Guigua, présidente de Français du monde – adfe pour l’ensemble du monde, sénatrice honoraire des Français de l’étranger, a rappelé que les migrations, dans leur immense majorité, ne sont pas choisies par les migrants mais sont vécues dans le sang et les larmes, et que, jamais au cours de l’Histoire, elles n’ont été des échanges « gagnant-gagnant » : ceux qui gagnent sont les pays récepteurs, ceux qui perdent sont les pays de départ, ceux qui souffrent sont les migrants.

Mme Martine Vautrin Djedidi, conseillère à l’assemblée des Français de l'étranger (AFE), circ. Tunisie-Libye, a annoncé une analyse de ce que sont aujourd’hui les Français en Tunisie : comment, combien et qui sont-ils, comment sont-ils perçus en France et représentés, leur rôle et leurs préoccupations. Voir le texte complet de cette analyse

Enfin, M. Pouria Amirshahi, député des Français de l'étranger pour la circonscription Afrique du nord/Afrique de l'Ouest et  président de l’IRIS, a insisté sur l’interaction développement économique au Nord et au Sud / circulation des personnes ; sur l’importance et l’augmentation des migrations Sud-Sud ; sur le fait que les visas de circulation, permettant les allers-retours, correspondant aux vœux de nombreuses personnes, profitent au développement scientifique, culturel, économique de tous les côtés et à la transformation des imaginaires, devraient être développés notamment dans le monde francophone, et que les facilités actuellement données aux personnes très qualifiées ouvrent la voie à des développements plus  massifs et à des rapport moins inégalitaires.